Un rapport de La Moneda sur l’anarchisme au Chili paru dans la presse

NdT : Nous n’avons pas pour habitude de diffuser des textes issus de médias autoritaires, et encore moins dont la source est un gouvernement, mais ça nous a semblé intéressant de voir comment l’État chilien perçoit l’anarchisme, que ça  fasse bien rigoler de voir combien ils sont à côté de la plaque, ou bien au contraire que leurs analyses et rapports d'(in)intelligence policière inquiètent.

tumblr_m0lfleRCYD1ro0ralo1_500La consolidation d’une nouvelle guérilla urbaine anarchiste, des explications sur l’anti-concertationnisme  et des mises en garde sur le « post-anarchisme anti-citoyen », voilà ce que l’on trouve dans les conclusions finales d’un document de fin de mandat du gouvernement de Sebastián Piñera, réalisé par des analystes de La Moneda (le gouvernement chilien).

Le rapport tente de décrire la situation de l’anarchisme, montrant les différentes tendances, réseaux et projets de ces groupes.

Il contient des fiches d’information sur l’entrée sur le sol chilien de membres du mouvement acrate d’Argentine, Belgique, Espagne, Italie, Brésil, Suisse, France, Mexique, Autriche et Équateur, tous photographiés, mais seulement quelques uns identifiés avec noms et prénoms.

Ceux qui ont droit à une identification complète, comme le nom et les liens avec l’étranger, ce sont quelques 50 individus (de nationalité chilienne) considérés comme les plus actifs.

L’évolution

Ce rapport final résume ce que ses auteurs considèrent comme l’histoire de l’anarchisme moderne au Chili.

Selon les analystes, Marcelo Villarroel Sepúlveda, Juan Aliste Vega et Freddy Fuentevilla Saa sont et seront la référence obligatoire de « l’anarchisme insurrectionnel ».

Ceci parce qu’ils sont les fondateurs du Kolectivo Kamina Libre (en 1996), dont les membres ont préféré rester en prison plutôt que de signer un document du gouvernement en 1997, qui offrait une remise de peine en échange de déclarations de repentir et d’engagement à ne plus continuer sur la voie armée.

Ils ont utilisé le harcèlement constant à travers des grèves de la faim, des attaques de caméras de surveillance, destructions de parloirs, tout en formant parallèlement des réseaux sociaux dans le but de visibiliser leurs actions et ainsi avancer la fin de leurs peines.

Par exemple, ils ont accroché des banderoles avec des anarchistes, sympathisé avec les animalistes (ils sont devenus végétariens et ont arrêté de porter du cuir), ils ont fait des clins d’œil au monde « ancestral », comme remplacer le « c » par le « k » dans leurs écrits, pour que ce soit plus agressif et plus « mapuche ».

Peu de temps avant Villarroel, Rodolfo Retamales et Pablo Morales avaient été expulsés du Mapu-Lautaro à la suite d’une « Grève de Militance », montrant qu’ils ne croyaient pas en un système hiérarchique, mais à une horizontalité des relations. C’est de cette façon qu’ils se sont mis à utiliser des expressions anti-systèmes et ont montré qu’ils n' »exigeaient » pas « être mis en liberté », mais « sortir dans la rue », car pour eux le monde capitaliste est un monde de « domination » et pas de liberté.

L’effort a porté ses fruits : ils ont tendu des ponts avec des anarchistes argentins et ont eu des visites, dans la prison de Haute Sécurité, de la Cruz Negra de Buenos Aires.

Quelques années après « être sorti à la rue », un groupe d’anciens de Kamina Libre ont attaqué la banque Security (2007), où le brigadier Moyano a été tué. Fuentevilla et Villarroel ont été arrêtés en Argentine (2008) où ils avaient un réseau de soutien.

Selon des sources internes du gouvernement, tout ce qui se passe aujourd’hui dans le milieu anarchiste insurrectionnel est en rapport avec Kamina Libre.

Le premier anarchiste pure

C’est à cette branche violente et internationaliste (dans le style grec)  que faisait partie Sebastián Oversluij, tué dans le braquage de la banque Estado en décembre dernier. D’après les analystes, son importance réside dans le fait que c’est le « premier anarchiste pur » (sans un passé de militant « subversif ») qui réalise un braquage.

En rapport avec lui on peut parler de Tamara Farías Vergara, nièce des frères Vergara dont la commémoration a lieu le Jour du Jeune Combattant (29 mars). Elle est aujourd’hui inculpée comme auteure présumée d’une tentative d’homicide sur un garde d’une succursale de la banque Estado le 21 janvier dernier.

Apparemment, la voie choisie par Oversluij serait la conséquence du développement de l' »anarchisme insurrectionnel » suite à l’échec du Caso Bombas.

Cela a généré chez les inculpés et leurs réseaux de soutien une sensation d’impunité, renforçant leur moral. De fait, à ce moment là il y a eu une prolifération d’articles triomphalistes sur internet, augmentant son intérêt.

La FAI/FRI se renforce

Pour les analystes du gouvernement, presque chaque action subversive importante porte le sceau FAI ou FRI, c’est à dire de la Fédération Anarchiste Informelle ou du Front Révolutionnaire International, qui sont utilisés comme mode de communication et de validation des activités insurrectionnelles.

En lien avec ces groupes, le Réseau de Traduction de Contreinformation, où s’échangent des idées, matériels idéologiques, communiqués d’attentats et activités en 13 langues.

Ces jours-ci ce site célèbre des attentats au Brésil, Indonésie, Buenos Aires et Glasgow, et, il y a peu, une attaque en juillet 2013 au Chili d’une succursale de la banque Estado proche de l’Ex-pénitentiaire, en « honneur » à Hans Niemeyer.

Le vrai problème : les attaques post-anarchistes sur les citoyens

L’un des grands problèmes que rencontrent les organismes de sécurité pour lutter contre l’anarchisme c’est qu’il n’y a pas de leaders, c’est à dire que chaque combattant se représente soi-même à travers ses actions, dans une « nouvelle guérilla urbaine nihiliste » (qui ne croit ni dans le bien ni dans le mal, car la morale serait une construction sociale utilisée comme un dispositif de domination).

Par conséquent, se reconnaître dans une organisation internationale ne limite pas ceux qui ne s’y reconnaissent pas, même si ça permet une certaine visibilisation, comme ça a été le cas avec le Front International Révolutionnaire/Commando Insurrectionnel Aracely Romo (qui a réalisé un attentat près des locaux de chaînes de télé contre les « journa-flics » qui ont exposé le corps sans vie de Mauricio Morales) et le Commando 8 décembre, qui s’est attribué des explosions sur trois banques.

Un second problème c’est la radicalisation du post-anarchisme et la politique anti-citoyenne, c’est à dire des attaques contre le citoyen lambda, considéré par les plus extrêmes comme des êtres « soumis », complices de l’État-policier.

Ainsi, il y a eu par exemple des attaques sur des véhicules particuliers (à La Reina) et des menaces sur des écoles, considérées comme « centres de domestication » du foutu citoyen.

En conséquence, les analystes s’attentent à ce qu’il y ait de nouvelles attaques de type incendiaire contre des objets symboliques du « citoyen inconscient », comme des sapins de noël (ce qui a eu lieu à deux reprises à Estación Central en 2012 et 2013, et une fois à Hualqui en 2013).

Anti-concertationnisme

D’après le rapport,  l’anarchisme méprise  l’Alliance pour le Chili (une coalition politique de droite), mais il en est de même pour l’ancienne Concertation et ce mépris pourrait même être dirigé contre le PC lorsque celui-ci est rentré dans la Nouvelle Majorité.

Même le gouvernement de l’ancienne URSS est vu par certains comme un « capitalisme d’État » et comme une forme de domination.

Et même si la cible préférée des bombes durant le gouvernement de Bachelet et de son successeur a été le système bancaire, on affirme que « l’anti-concertationnisme » anarchiste pourrait devenir important. Ainsi en 2013 l’actuelle présidente s’est fait cracher au visage en pleine campagne présidentielle.

Les dates importantes de l’année peuvent être utilisées comme vitrines.

Le travail d’analyse inclut une anticipation des dates clés de l’année qui pourraient être utilisées par les groupes anarchistes pour marquer leur présence publique.

Dans ce contexte, les manifestations étudiantes sont un espace de rattachement opportuniste d’éléments insurrectionnels : plus il y a de monde dans la manif, plus il y a de chance que ces groupes attaquent en toute impunité.

Les analystes informent que les forces policières devraient aussi se préparer cette année à deux 11, celui de septembre qui commémore le coup d’État, et celui de décembre, qui commémorera la mort de Sebastián Oversluij.

Et si l’on doit parler de dates propices au conflit, le 22 mai il pourrait y avoir des désordres pour la commémoration de la mort de Mauricio Morales, et il y aura aussi des actions de solidarité durant le procès en Espagne des chiliens Francisco Solar y Mónica Caballero, de même que pour le procès de  Tamara Farías.

Classification basique des anarchistes

Bien qu’il y ait de nombreuses classifications et sous-classifications anarchistes (subversifs, libertaires, insurrectionnels etc, et des combinaisons de tout cela), le gouvernement de Piñera a classé les anarchistes en trois catégories : Anarchistes tardifs, anarchistes d’origine pure et post-anarchistes.

Anarchistes tardifs : nés à l’époque du gouvernement de Pinochet, ce sont des anciens militants de groupes tel le Mapu-Lautaro, le MIR (et ses variantes) et le FPMR. Leurs apports principaux ont été de renforcer le mouvement à l’intérieur des prisons et de former au prosélytisme subversif.

Les purs : lycéens et étudiants,  un mélange de suiveurs « inarticulés » et d’autres idéologiquement solides.

Post-anarchistes : ça serait une tendance « solidement établie », qui tend vers une radicalisation par rapport à ce qui existe actuellement, rassemblant des jeunes nihilistes et déchaînés et des étudiants.

Chacun de ces groupes peuvent se retrouver dans les neuf phases suivantes :
Anticapitaliste, anti-autoritaire, anti-policier, anti-social, anti-civilisation, anti-carcéral, animaliste, anticlérical et primitiviste ou anarco-primitiviste.

source : La Segunda

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